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Mes valeurs pédagogiques

15 novembre 2025

Petite réflexion d’aujourd’hui sur l’enseignement, mes valeurs et ce qu’on nous a présenté comme des vérités absolues en pédagogie.

J’ai fait un bac en enseignement professionnel et technique à l’UQAM. C’est là que j’ai été exposé très fortement au courant constructiviste. À l’époque, c’était présenté comme la grande solution en éducation, presque comme la seule bonne manière de concevoir l’apprentissage. Sur papier, c’était vendu comme évident, incontournable, indiscutable.

Le constructivisme, dans la manière dont je l’ai vécu au bac, c’était surtout l’idée que l’étudiant doit construire lui-même ses connaissances, beaucoup par l’apprentissage par les pairs, avec un enseignant qui intervient le moins possible. Dans certains de mes cours universitaires, le prof présentait une situation, nous laissait nous organiser entre nous, disparaissait presque tout le cours et revenait à la fin en mode: qu’est-ce que vous avez appris, c’est donc bien beau le constructivisme. En pratique, je voyais déjà plusieurs problèmes, même si je n’étais pas encore prof.

Mon principal malaise, c’est qu’un groupe d’apprenants au même niveau n’a pas nécessairement les outils pour valider la qualité de ce qu’il est en train de se « transmettre ». Si quelqu’un comprend mal, interprète mal ou généralise n’importe comment, ça peut contaminer le reste du groupe. Dans un contexte d’entreprise où un junior apprend avec un senior expérimenté, l’apprentissage par les pairs fait du sens. Mais dans un groupe où tout le monde est au même niveau, avec un encadrement minimal de l’enseignant, le risque de dérive est énorme. Ça devient vite beau en théorie, moins solide dans la réalité.

Aujourd’hui, même avec l’intelligence artificielle et l’accès à une quantité absurde de ressources pour « tout apprendre par soi-même », je ne crois toujours pas qu’on puisse tout bâtir seul. Tout le monde n’est pas autodidacte, et même pour les personnes plus autonomes, le rôle du professeur ne se réduit pas à être un animateur en arrière-plan. Je suis profondément convaincu que les étudiants apprennent aussi par transposition: par ce qu’on dégage, par la passion qu’on met, par la façon dont on structure un problème, par les exemples concrets qu’on amène, par notre manière d’être. Ça, ce n’est pas du constructivisme pur. C’est du modelage, de la transmission, de l’accompagnement.

Avec l’expérience, je me suis rendu compte qu’en éducation, il n’y a pas de recette magique. J’ai essayé des approches en me disant: c’est sûr que ça va marcher. Résultat: ça fonctionne super bien dans un groupe, et ça floppe complètement dans l’autre avec exactement la même activité. Ça, pour moi, c’est la preuve claire que dans les sciences humaines et sociales, il n’y a pas de vérité absolue. Il n’y a pas une méthode unique, il n’y a pas un courant qui a toujours raison. Il y a des outils, des approches, des contextes, des étudiants différents, et beaucoup d’ajustements continus.

Je remarque aussi que, comme prof, on a naturellement tendance à se réfugier dans ce qui nous est confortable. Dans mon cas, je suis assez à l’aise avec la vidéo. J’ai testé deux grandes familles: les vidéos de présentation et les vidéos de démonstration. Les vidéos de présentation, je me suis rendu compte que ça fonctionnait mal avec la majorité des étudiants. C’est long, passif, ils décrochent. Par contre, les vidéos de démonstration techniques, là j’ai eu de bons retours. Les étudiants aiment pouvoir mettre sur pause, revenir en arrière, suivre à leur rythme. C’est moins anxiogène que d’essayer de suivre un prof en direct sans possibilité de retour en arrière.

Mais même là, ce n’est pas parfait. Certains étudiants prennent le double ou le triple du temps prévu pour suivre une démonstration en vidéo. Ça crée un autre type de stress: la pression de « finir » la vidéo avant la prochaine tâche, l’impression de ne jamais être à jour. À l’inverse, une démonstration en direct en classe met une pression de temps, mais ça se rapproche parfois mieux du contexte professionnel, où on n’a pas toujours quatre heures pour accomplir une tâche. Au final, je me rends compte que la bonne réponse n’est pas « toujours en vidéo » ou « toujours en live », mais de choisir la modalité selon la longueur, la complexité et l’objectif: peut-être une vidéo pour une longue démonstration technique, et de courtes démonstrations guidées en direct pour lancer le cours et donner du contexte.

Même constat pour la gestion de classe et le renforcement. Au bac, on nous martelait l’importance du renforcement positif, presque comme si le renforcement négatif était à bannir totalement parce que « méchant ». J’ai longtemps essayé de fonctionner presque uniquement avec du positif: souligner les bons comportements, éviter de trop confronter, rester dans la valorisation. Avec le temps, je me suis rendu compte que ça ne fonctionne pas pour tout le monde. Il y a des étudiants pour qui l’absence d’attention ou un recadrage clair, sec mais respectueux, a un effet beaucoup plus mobilisateur qu’une série de félicitations.

Ça ne veut pas dire tomber dans l’humiliation ou l’injustice. Pour moi, l’équité reste non négociable. Si je fais un commentaire, je l’applique à toutes les personnes qui ont le même comportement, pas à une seule parce que je pense que « sur lui, le renforcement négatif va marcher ». Mon but, ce n’est pas d’expérimenter sur les humains, c’est de rester juste. Mais je refuse maintenant l’idée que le renforcement négatif serait systématiquement à proscrire. Il y a des individus pour qui un recadrage ferme est un déclencheur de prise de conscience, alors que la multiplication de commentaires positifs n’a aucun effet.

Tout ça m’amène à la même conclusion: en enseignement, il n’y a pas de vérité absolue ni de courant pédagogique qui détient la clé unique. L’apprentissage par les pairs peut être utile, mais il est loin de suffire. Le constructivisme apporte des choses, mais pris comme dogme, il devient dangereux. Le renforcement positif est important, mais utilisé comme unique stratégie, il devient inefficace pour une partie des étudiants.

Mon rôle, comme prof, c’est de tester, d’observer, de mesurer l’effet réel sur les étudiants, pas juste de répéter ce que la faculté d’éducation a labellisé comme « bonne pratique ». C’est accepter que ce qui marchait il y a cinq ans ne marche plus aujourd’hui, que ce qui fonctionne avec un groupe échoue avec un autre, et que je dois me remettre en question constamment.

Et au centre de tout ça, il y a mes valeurs: respect, équité, exigence réaliste et passion pour ce que j’enseigne. Je ne crois pas à une pédagogie purement autoportante, où l’enseignant disparaît derrière des concepts. Je crois à une pédagogie incarnée, où le prof est présent, cohérent avec ses valeurs, ajuste ses méthodes, et accepte que l’enseignement, ce n’est jamais une formule fixe, c’est un travail d’amélioration continue.

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